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En
février 1888, Vincent Van Gogh décide de s’installer à Arles.
En
Provence, tout l'émerveille, le soleil, les vergers en fleurs, les belles
arlésiennes. Il travaille beaucoup, avec l'aide financière de son frèreThéo,
qui lui envoie des tubes de peintures et des toiles.
Chaque
matin, il quitte son logis, lourdement chargé et circule inlassablement dans la
région, à la recherche de motifs et produit un chef d'œuvre après l'autre.
"
C'est l'émotion, la sincérité du sentiment naturel qui guide notre main, et
lorsque cette émotion est parfois si forte que l'on travaille sans remarquer
que l'on travaille, lorsque, quelquefois, les coups de pinceau viennent et
s'enchaînent, comme les mots dans une conversation ou dans une lettre, il ne
faut pas oublier qu'il n'en a pas toujours été ainsi et qu'à l'avenir aussi, il
y aura beaucoup de jours décourageants sans la moindre inspiration."
Ces
phrases extraites de la lettre 504 semblent prophétiques vu l'effondrement qui
se produira à la fin de cette année. Son ami Gauguin le rejoint. Il peint Vincent en plein travail sur un des
tableaux de la série Les Tournesols. En dépit de leur amitié, les disputes
incessantes aboutissent, le 23 décembre à la crise de Vincent qui menace son
ami avec un rasoir à main. Il finit par se trancher une oreille qu'il met dans
une enveloppe avant de l'offrir à une prostituée. Il est évident que l'arrivée
de Gauguin à Arles a joué un rôle important dans l'effondrement psychologique
de Van Gogh. Deux personnalités se sont heurtées et se sont livrées des combats
très rudes.
A
travers Gauguin, son génie artistique est plus que remis en question. Il œuvre
jusqu'à l'anéantissement psychique et physique. Victime de délires
paranoïaques, il est sujet à de violentes crises. Une requête des habitants
d'Arles parvient aux autorités, leur demandant d'interner Vincent parce qu'il
constitue un "danger pour la communauté". A la fin du mois de février, Van Gogh est interné. Pleinement conscient, il se
voit enfermé ; on ne lui accorde ni livres, ni peinture, ni même sa pipe.
En
mai 1890, il entre de son plein gré à l'hôpital psychiatrique de
Saint-Rémy-de-Provence. Dans l'atmosphère oppressante et mélancolique des vieux
murs, le peintre se concentre entièrement sur lui-même et les forces psychiques
qui l'envoûtent. Elles
agissent sur lui dans la mesure où il peut s'en rendre maître dans ses
tableaux. Van Gogh contemple son univers intérieur, il ne connaît ni
diversions, ni contacts humains et il a naturellement renoncé à ses anciens
"poisons". Son assiduité au chevalet n'a sans doute jamais été aussi
grande que pendant son séjour à Saint-Rémy.
Van
Gogh est devenu lui-même sa propre légende artistique. Il offre une nouvelle
interprétation de l'unité de l'art et de la vie. L'artiste et l'homme ne se
retrouvent que dans la folie, libérés des petits conflits quotidiens. Théo l'a
immédiatement compris et formulé dans l'une des lettres : " Tes dernières
toiles m'ont fortement donné à réfléchir à propos de ton état d'esprit au
moment où tu les as faites. Il y a dans toutes une force de la couleur que tu
n'avais encore jamais atteinte jusque là, … ; mais tu es encore allé plus loin,
et s'il y a des peintres qui cherchent le symbole sur le chemin de l'altération
de la forme par la violence, je trouve cela exprimé dans beaucoup de tes toiles
… mais comme ta tête a du travailler, comme tu as osé aller jusqu'à l'extrême
limite, là où l'on doit inévitablement être pris de vertige". Durant l'année de son internement, il peint cent cinquante toiles, parmi
lesquelles on compte de nombreux chefs d'œuvre.
Il quitte l'hôpital pour se rendre à Auvers-sur-Oise où le Docteur Gachet,
collectionneur, ami de nombreux peintres impressionnistes, a accepté de le
prendre en charge et de le soigner. Il va travailler comme un forcené pendant
deux mois, produisant plus de soixante-dix tableaux.
Le 27 juillet 1890, dans le champ de blé qu'il a peint quelques jours avant, il
se tire un coup de revolver. Il meurt deux jours plus tard dans les bras de son
frère Théo, le laissant seul héritier de sa vie, de son œuvre. L'affinité
indissoluble des deux frères s'étend au-delà de la mort. Deux mois à peine
après la mort de Vincent, Théo sombre à son tour dans la démence pour ne plus
en guérir.
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